Le différend frontalier entre le Gabon et la Guinée équatoriale entre dans une phase décisive. Réunis le 28 juillet 2026 à Addis-Abeba, en marge de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil Exécutif de l’Union Africaine, les représentants des deux États ont signé un accord d’engagement conjoint destiné à organiser la mise en œuvre de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ).
Paraphé par Dieudonné Aba’a Owono, président de la Cour constitutionnelle du Gabon, et Simeón Oyono Esono Angüe, Ministre équato-guinéen des Affaires Étrangères, en présence du président de la Commission de l’Union Africaine, Mahmoud Ali Youssouf, le document marque une évolution majeure dans la gestion d’un différend territorial hérité de la période coloniale et qui perdure depuis près d’un demi-siècle.
Contrairement à certaines interprétations, l’accord signé à Addis-Abeba ne modifie ni les frontières ni les droits des deux pays. Il institue un cadre politique de concertation chargé d’accompagner l’application de la décision de la CIJ et crée un mécanisme conjoint de consultation placé sous la facilitation de la Commission de l’Union Africaine. Les travaux de ce mécanisme devront aboutir dans un délai de six mois.
Cette démarche s’inscrit dans le prolongement de la médiation acceptée le 14 février 2026 par les Présidents des deux pays et conduite par l’envoyé spécial Albert Shingiro. Elle traduit la volonté commune de privilégier le dialogue après une décision judiciaire internationale, dans un climat de coopération plutôt que de confrontation.
L’initiative revêt une portée particulière sur le continent africain. En choisissant d’inscrire la mise en œuvre de la décision de la CIJ dans un processus piloté par l’Union Africaine, Libreville et Malabo démontrent qu’un différend complexe peut être traité dans un esprit de responsabilité, sans remettre en cause les relations de voisinage ni compromettre la stabilité régionale.
L’accord intervient aussi dans un contexte où les deux États avaient conjointement saisi la Cour internationale de Justice, témoignant dès l’origine de leur volonté de rechercher une solution fondée sur le droit international. La signature d’Addis-Abeba constitue ainsi une nouvelle étape de cette même logique : celle d’une résolution pacifique, progressive et concertée du différend.
Au-delà du seul dossier frontalier, ce choix diplomatique renforce le rôle de l’Union Africaine comme facilitateur des mécanismes de règlement des différends entre États membres. Il illustre par ailleurs la capacité des Institutions Africaines à accompagner la mise en œuvre des décisions des juridictions internationales dans le respect du dialogue politique.
Pour le Gabon comme pour la Guinée équatoriale, l’enjeu est désormais de transformer cette dynamique en résultats concrets dans les délais prévus, en consolidant une relation bilatérale fondée sur la confiance, la coopération et le respect du droit international.










