En visite de travail et d’amitié à Libreville, le président de la Transition de Guinée-Bissau, le Général de Division Horta Inta-A Na Man, a été reçu le 18 août par Brice Clotaire Oligui Nguema. Au-delà des enjeux sécuritaires, les deux dirigeants ont affiché leur volonté d’approfondir les relations bilatérales et de rapprocher deux espaces régionaux longtemps restés à distance.
À peine les festivités du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance achevées, Libreville a renoué avec l’agenda diplomatique. Le 18 août, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu le Général de Division Horta Inta-A Na Man, président de la Transition de Guinée-Bissau, pour une rencontre placée sous le signe de l’amitié, de la stabilité et du renforcement de la coopération.
La présence du dirigeant bissau-guinéen à Libreville, après avoir participé aux célébrations du 17 août aux côtés de plusieurs chefs d’État africains, a permis de prolonger une séquence diplomatique particulièrement dense pour le Gabon.
Autour de la table : la stabilité du continent, la lutte contre le terrorisme et le crime transfrontalier, mais aussi la capacité des organisations régionales à accompagner les États africains dans leurs efforts de consolidation de la paix et du développement.
De la transition gabonaise à l’expérience bissau-guinéenne
Les discussions ont accordé une place importante aux transitions politiques en cours sur le continent.
Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a conduit la transition gabonaise ouverte après le 30 août 2023 et désormais achevée avec l’avènement de la Ve République, a rappelé l’attachement de Libreville au retour à l’ordre constitutionnel dans les pays engagés dans des processus similaires.
Le Chef de l’État gabonais a notamment encouragé les autorités bissau-guinéennes à poursuivre leur processus électoral.
« Le 6 décembre, c’est l’organisation des élections présidentielles. C’est une très bonne chose pour nous, une bonne chose pour l’Afrique, parce que nous voulons une Afrique en paix, une Afrique qui se construit », a déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema, avant d’encourager son homologue à aller au bout de cette échéance.
Cette position illustre l’évolution du discours présidentiel gabonais : fort de l’expérience de sa propre transition, Libreville entend désormais partager son retour d’expérience avec d’autres pays confrontés à des périodes de refondation institutionnelle.
Pour éclairer davantage la délégation bissau-guinéenne, l’ancien porte-parole du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a présenté les principaux ressorts du processus gabonais.
Selon lui, trois principes ont accompagné cette expérience : la concertation, l’inclusivité, ainsi que la méthode et le respect des normes et des engagements.
Une manière pour Libreville de défendre l’idée qu’une transition politique ne peut trouver sa pleine légitimité que dans sa capacité à déboucher sur des institutions renouvelées et un retour à l’ordre constitutionnel.
Sécurité : des préoccupations qui rapprochent les deux capitales
Au-delà des questions institutionnelles, les deux dirigeants ont évoqué les menaces auxquelles restent confrontés plusieurs États africains.
Terrorisme, criminalité transfrontalière, circulation des réseaux criminels et fragilité de certaines zones frontalières constituent désormais des défis qui dépassent largement les frontières nationales.
L’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest ne sont d’ailleurs plus deux espaces sécuritaires totalement distincts. Les trafics, les flux migratoires, la criminalité organisée et les réseaux transnationaux imposent une coopération accrue entre les États et leurs organisations régionales.
C’est dans cette perspective que Libreville et Bissau souhaitent renforcer leur dialogue.
Pour le président Oligui Nguema, l’enjeu consiste aussi à replacer le Gabon dans une dynamique diplomatique plus large, au croisement de plusieurs espaces du continent.
Bissau salue les progrès du Gabon
De son côté, le Général de Division Horta Inta-A Na Man a salué les réformes engagées au Gabon depuis le lancement du processus de restauration des institutions.
Le dirigeant bissau-guinéen a également souligné l’existence de principes communs entre les deux pays, notamment autour de la paix, de l’intégration régionale et du développement.
« La Guinée-Bissau et le Gabon défendent des principes communs comme l’inspiration liée au maintien de la paix et l’intégration économique et régionale », a-t-il déclaré, avant de féliciter le Gabon pour ses progrès économiques et sociaux.
Une reconnaissance qui intervient alors que le pouvoir gabonais cherche précisément à faire de ses performances économiques, de ses infrastructures et de sa stabilité institutionnelle des instruments d’attractivité internationale.
Accords et commerce : passer du politique à l’économique
La rencontre ne s’est pas limitée aux enjeux politiques et sécuritaires.
Les deux parties ont convenu d’accélérer la conclusion de plusieurs accords de coopération et d’explorer de nouvelles opportunités d’échanges commerciaux dans des secteurs jugés prioritaires.
C’est l’un des enseignements majeurs de cette visite : Libreville et Bissau veulent désormais donner une traduction économique à leur rapprochement politique.
Pour le Gabon, cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification de ses partenariats et de renforcement de son ancrage continental.
Le pays dispose d’un positionnement géographique singulier, à la jonction de l’Afrique centrale et de l’Atlantique, tandis que la Guinée-Bissau constitue l’une des portes d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest et l’espace lusophone.
En renforçant ses liens avec Bissau, Libreville peut ainsi ouvrir un nouveau corridor diplomatique et économique entre des régions du continent dont les échanges restent encore largement perfectibles.
Libreville, plateforme de dialogue africain
Après avoir accueilli plusieurs dirigeants africains pour son 66ᵉ anniversaire, le Gabon poursuit donc son offensive diplomatique.
Cette séquence confirme une ambition portée par Brice Clotaire Oligui Nguema : faire de Libreville davantage qu’une capitale politique d’Afrique centrale, en la positionnant comme un espace de dialogue, de coopération et de convergence entre différentes régions du continent.
Avec la Guinée-Bissau, le pari est clair : transformer une proximité diplomatique en partenariat concret, en associant dialogue politique, coopération sécuritaire, intégration régionale et échanges économiques.
Pour Oligui Nguema, la diplomatie gabonaise ne se joue donc plus seulement dans les enceintes internationales. Elle se construit aussi, de manière très concrète, par la multiplication des passerelles africaines.
De l’Afrique centrale à l’Afrique de l’Ouest, Libreville entend désormais jouer les intermédiaires, les facilitateurs et, surtout, les partenaires.








