Le dossier des logements publics en état de dégradation avancée revient au centre de l’actualité à Libreville. L’exécutif a engagé une vaste opération de restructuration visant plusieurs résidences administratives devenues, au fil des années, des bâtiments vétustes, parfois insalubres et parfois hors de tout cadre réglementaire clair.
Sont notamment concernés la cité des enseignants située en face de l’Université Omar Bongo, l’immeuble Gabon 2000, les 90 logements ainsi qu’un bâtiment localisé en face de la CNAMGS au quartier Montagne-Sainte, dans le troisième arrondissement de Libreville. Ces infrastructures, pour certaines construites il y a plusieurs décennies, présentent aujourd’hui des fissures apparentes, des réseaux techniques défaillants, des problèmes d’insalubrité et des risques sécuritaires évidents.
Le gouvernement affirme vouloir reproduire le modèle appliqué au camp de police d’Akémidjogoni, où une réhabilitation complète a permis d’améliorer significativement les conditions de vie des occupants et de moderniser les installations. L’objectif affiché n’est pas simplement de libérer des bâtiments, mais de les restaurer, de les sécuriser et de les adapter aux standards actuels.
Un point central structure cependant le débat : les occupants actuels ne sont pas propriétaires. Aucun titre foncier n’a été délivré. Il s’agit de logements administratifs relevant du patrimoine de l’État. Beaucoup des résidents sont aujourd’hui à la retraite, d’autres n’exercent plus les fonctions qui justifiaient l’attribution initiale du logement. Dans certains cas, des appartements auraient même été sous-loués, transformant des résidences administratives en sources de revenus privés.
Cette situation pose un problème de principe. Un logement de fonction est attaché à une mission. Il n’est ni cessible, ni transmissible, ni exploitable à titre commercial. Laisser perdurer ces occupations reviendrait à entériner une privatisation de fait du patrimoine public.
Pour l’État, il ne s’agit donc pas d’expropriation, mais de récupération de biens lui appartenant. Un préavis de trois à quatre mois aurait été accordé afin de permettre aux occupants de prendre leurs dispositions. Juridiquement, la question de l’indemnisation ne se pose pas dans les mêmes termes que pour un propriétaire titulaire d’un titre foncier. Le cadre reste celui d’un logement administratif mis à disposition et récupérable.
Au-delà de la dimension juridique, l’enjeu est stratégique. Le pays fait face à un déficit de logements pour les enseignants et certains agents publics en activité. Maintenir des bâtiments occupés par d’anciens bénéficiaires, parfois dans des conditions irrégulières, limite la capacité de l’État à loger de nouveaux enseignants, notamment ceux affectés à proximité de l’Université Omar Bongo.
Le défi est donc double : restaurer un patrimoine dégradé et rétablir une logique d’équité dans l’attribution des logements publics. Il s’agit aussi de mettre fin à ce que certains décrivent comme des zones de non-droit administratif, où l’occupation ne correspond plus ni à un statut ni à une mission de service public.
La séquence reste sensible. Des voix dénonceront sans doute une brutalité sociale ou une absence d’humanité. Mais le débat de fond mérite d’être posé clairement : un État peut-il moderniser son patrimoine sans reprendre le contrôle de ses propres biens ? Peut-il exiger la rigueur budgétaire tout en tolérant des occupations irrégulières sur des actifs publics ?
La réussite de cette opération dépendra de la transparence du processus, de la clarté des notifications et du respect des délais accordés. Mais elle dépendra aussi de la capacité collective à distinguer droit d’usage et droit de propriété.
Réhabiliter, moderniser, réaffecter : la manœuvre est délicate. Pourtant, elle s’inscrit dans une logique de rationalisation du patrimoine immobilier public et de meilleure allocation des ressources. Reste à savoir si le débat public saura se hisser au niveau de ces enjeux, au-delà des polémiques attendues.








