Le ton était grave, les chiffres précis, et l’avertissement sans détour. Dimanche 25 janvier, sur les antennes de Gabon 1ère, la ministre de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a choisi la transparence et la pédagogie pour dresser l’état des lieux d’une crise sociale qui, au-delà des revendications syndicales, menace désormais l’équilibre même de l’année scolaire.
Face à une grève entamée en décembre et prolongée malgré la reprise du dialogue, la ministre a rappelé que dès sa prise de fonction en janvier, les discussions ont été relancées sous l’autorité directe du président de la République. Une commission tripartite associant la Fonction publique, le Budget et l’Éducation nationale a été mise en place, avec un objectif clair : traiter, dans un cadre structuré et inclusif, les revendications jugées légitimes des enseignants, en intégrant toutes les sensibilités syndicales de SOS Éducation.
Contrairement à une lecture réductrice du conflit, Camélia Ntoutoume Leclercq a tenu à démontrer que le dialogue n’est pas resté lettre morte. Chiffres à l’appui, elle a détaillé des avancées administratives substantielles. La mise en solde de 328 sortants d’écoles et agents classés SN7 a été actée, tandis que 692 sortants de l’École normale et de l’ENIF ont été intégrés en présalaire. À cela s’ajoutent 108 enseignants de matières scientifiques et 1 810 enseignants dits bénévoles désormais candidats à une intégration dans la fonction enseignante.
Sur le terrain des régularisations administratives, titularisations, avancements et reclassements, 4 000 dossiers ont déjà été traités sur un total de 6 574, soit un taux de prise en compte de 60,85 %. Des chiffres que la ministre a présentés comme la preuve d’un effort réel de l’État, dans un contexte budgétaire contraint, mais assumé.
L’exécutif ne se limite toutefois pas à la gestion de l’urgence. La ministre a inscrit l’action gouvernementale dans une trajectoire pluriannuelle. Entre 2024 et 2026, ce sont près de 9 903 agents du ministère de l’Éducation nationale qui devraient voir leur situation administrative évoluer, à travers de nouvelles mises en solde, des créations de présalaires et des régularisations programmées. Un chantier lourd, étalé dans le temps, mais présenté comme irréversible.
C’est pourtant sur le terrain pédagogique que l’alerte est la plus sérieuse. Trois semaines de cours ont déjà été perdues sur les 33 prévues au calendrier, rapprochant dangereusement le système éducatif gabonais du seuil critique recommandé par l’Unesco. Au-delà de ce seuil, la validité même de l’année scolaire pourrait être remise en cause, avec des conséquences directes sur la crédibilité des diplômes et l’avenir immédiat des élèves, en particulier les candidats au baccalauréat.
Dans ce contexte, Camélia Ntoutoume Leclercq a voulu dépasser le strict cadre du bras de fer social. S’adressant aux enseignants, mais aussi aux parents et aux élèves, elle a lancé un appel à ce qu’elle a qualifié de « sursaut patriotique ». Un appel à sauver l’essentiel : le droit des enfants à une année scolaire viable, reconnue et porteuse d’avenir.
Derrière cette prise de parole, le message du gouvernement est limpide. Le dialogue reste ouvert, les engagements sont enclenchés, mais le temps scolaire, lui, ne se négocie pas indéfiniment. À mesure que le calendrier se rétrécit, la crise éducative change de nature : d’un conflit social, elle devient un enjeu national. Et c’est précisément sur ce basculement que la ministre a choisi de sonner l’alarme.










