La réunion tenue mercredi 21 janvier 2026 à Port-Gentil a mis en lumière l’ampleur de la crise qui fragilise l’école gabonaise. D’un côté, une minorité d’enseignants résolus à rejeter toute tentative de conciliation, assimilant le dialogue à un renoncement, de l’autre, une majorité de professionnels de l’éducation, éprouvés par des mois de perturbations, mais encore disposés à entendre une voie de sortie. Cette ligne de fracture illustre parfaitement trois décennies de conflits sociaux non résolus.
La rencontre a failli ne pas avoir lieu et pour cause : Jugée prématurée par certains syndicats, l’initiative a suscité crispations et défiance. Elle a finalement été maintenue grâce à l’intervention de responsables syndicaux estimant que l’absence d’échanges mènerait à une impasse.

Une médiation à forts enjeux
La mission conduite par le syndicaliste et spécialiste du droit social Pierre Mintsa Edzang, aux côtés du sénateur Georges Mpaga et de Gaston Midoungzani, s’inscrivait dans une tentative de désamorçage d’une crise menaçant sérieusement l’année scolaire 2026.

Face aux enseignants, le chef de mission a misé sur une approche factuelle. Selon les éléments présentés, près de 70 % des revendications auraient connu des avancées, en l’occurrence sur les rappels de soldes estimés à 106 milliards de francs CFA, dont plus de 75 milliards déjà apurés. Sur la question sensible des vacations, il a rappelé les contraintes financières de l’État, malgré l’implication personnelle du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Pour renforcer la crédibilité du message, un échange téléphonique avec le ministre du Budget, Marc Abeghe, a permis d’annoncer une communication officielle imminente du ministère de l’Éducation nationale. Un signal attendu, mais qui peine encore à dissiper une méfiance profondément ancrée.

L’intervention du sénateur Georges Mpaga a donné une autre dimension aux débats. Refusant de limiter la crise à des arriérés de paiement, il a plaidé pour une refondation du système éducatif, conforme aux standards de l’UNESCO, capable de préparer la jeunesse gabonaise aux exigences contemporaines.

Cette crise s’inscrit dans une longue histoire de tensions. Depuis les années 1990, grèves récurrentes, accords partiellement appliqués et réformes inachevées se succèdent. Les difficultés structurelles : gestion des ressources humaines, programmation budgétaire, qualité de la formation et des infrastructures, n’ont jamais été traitées en profondeur, nourrissant une défiance durable.

À l’issue de la mission, une majorité d’enseignants semble prête à envisager une reprise progressive des cours, dans une logique de compromis. Une frange plus radicale reste toutefois déterminée à poursuivre le mouvement, au risque d’une année blanche.

Pour les médiateurs, l’enjeu dépasse le bras de fer social : c’est l’avenir de milliers d’élèves qui se joue. Après trente ans de crises répétées, la concertation n’apparaît plus comme une option parmi d’autres, mais comme une nécessité nationale. Reste à savoir si le choix du dialogue s’imposera face à la tentation de la rupture.










