À l’annonce de la prochaine visite du président français Emmanuel Macron à Libreville, une réaction a particulièrement retenu l’attention : celle d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. L’ancien Premier ministre, qui affirme ne pas vouloir « s’empresser » de rencontrer le chef de l’État français, a pourtant été le premier à commenter, voire à annoncer, cette visite officielle. Une attitude paradoxale qui révèle, derrière les mots, la volonté d’un homme politique de demeurer dans la lumière, quitte à forcer la porte d’un débat dont il n’est plus acteur.
Ce paradoxe est d’autant plus frappant que la visite d’Emmanuel Macron au Gabon relève strictement du domaine institutionnel. Il s’agit d’un déplacement d’État à État, entre deux présidents, inscrit dans le cadre normal des relations bilatérales entre Libreville et Paris. Les discussions porteront sur des priorités clairement établies : la coopération énergétique, l’éducation, la santé et la transition écologique. Autant de chantiers qui concernent directement les gouvernements en exercice, et non les ambitions personnelles d’anciens responsables politiques.
Dans ce contexte, la sortie médiatique d’Alain-Claude Bilie-By-Nze apparaît moins comme une contribution diplomatique que comme une tentative de “rappel d’existence”. Depuis son départ de la Primature, il s’attache à commenter chacune des grandes initiatives du président Brice Clotaire Oligui Nguema, souvent sans y être associé, parfois sans réelle valeur ajoutée. En évoquant la visite du président français, il ne cherche pas à éclairer l’opinion, mais à rappeler qu’il est encore là, qu’il compte encore dans le paysage. À défaut d’être dans l’agenda du président Macron, il tente d’être dans celui des médias.
Cette attitude s’inscrit dans une stratégie bien rodée : occuper l’espace public à tout prix, quitte à brouiller le message national. Or, la diplomatie gabonaise repose aujourd’hui sur la cohérence, la stabilité et le respect des institutions. Brice Clotaire Oligui Nguema a défini une ligne claire : celle d’un Gabon souverain, ouvert au dialogue, mais guidé par ses propres priorités. Dans ce cadre, les prises de parole intempestives de figures politiques en quête de tribune relèvent moins du débat démocratique que de l’opportunisme médiatique. Le sérieux diplomatique suppose la réserve, pas le commentaire permanent.
Car au fond, le véritable enjeu n’est pas de savoir qui rencontrera Emmanuel Macron, mais ce que cette visite représente pour le Gabon. Ce déplacement du chef de l’État français, prévu à la fin du mois de novembre, s’inscrit dans la continuité des échanges amorcés depuis plus d’un an entre Libreville et Paris. Le président Oligui Nguema s’est déjà rendu quatre fois en France depuis son accession au pouvoir. Qu’il invite à son tour son homologue français est donc non seulement naturel, mais aussi conforme à la pratique diplomatique la plus élémentaire.
Réduire un tel moment à des querelles d’égo ou à des calculs personnels, c’est manquer l’essentiel. Le Gabon a besoin d’une parole d’État forte, d’une diplomatie maîtrisée et d’un cap clair, loin des agitations individuelles. Ceux qui veulent exister peuvent toujours s’exprimer, mais qu’ils ne prétendent pas parler au nom d’une diplomatie qui, désormais, se reconstruit autour de la responsabilité, de la cohérence et de la souveraineté.
La visite d’Emmanuel Macron n’est ni une opportunité de revanche politique, ni une scène d’auto-promotion. C’est un moment d’État, celui d’un Gabon qui assume son rôle dans le concert des nations, sous la conduite d’un président qui sait distinguer les symboles des postures. Et s’il est un message à retenir, c’est bien celui-ci : la diplomatie gabonaise ne se joue plus dans les couloirs des ambitions personnelles, mais au sommet des institutions.










